Điện Biên Phủ

Lundi 2 mars 2009

Điện Biên PhủRésumé : Dans un Vietnam ravagé par la guerre et son lot d’atrocités, Hikaru Minami, jeune et timide engagé dans l’armée US et faisant ses classes comme photographe de guerre, va faire une étrange rencontre : celle d’une jeune fille vietnamienne qui s’avère être une redoutable combattante, experte dans le maniement du sabre. Cette mystérieuse guerrière décime les troupes de soldats américains qu’elle rencontre mais épargne étrangement la vie de Hikaru. Fasciné, il n’aura de cesse de la capturer en photo.

L’auteur de ce manga, Daisuke Nishijima, s’est approprié la pensée de Tim O’Brien, développée dans son livre “À propos de courage”, à savoir, de bien faire la part des choses dans les récits de guerre entre le vrai et le faux mais de façon originale : ce qui paraît inconcevable doit être considéré comme vrai et ce qui paraît crédible devient suspect. Daisuke Nishijima transpose graphiquement cet étrange décalage puisque le dessin au lieu d’être réaliste, accentue le côté irréel du propos par un trait qui paraît léger, enfantin, amusant. Il n’y a donc pas de héros dans cette tranche de vie de la guerre du Vietnam, pas de gagnant, pas de perdant, simplement des êtres humains des deux camps plongés en enfer. (Source : Kana)


« Dans de nombreux cas, il ne faut pas croire aux ‘vraies histoires’ de guerre. Si vous y croyez, soyez sceptique. C’est une question de crédibilité. Souvent, les trucs insensés sont vrais et pas les trucs normaux, parce que les trucs normaux sont nécessaires pour pouvoir se représenter la folie vraiment inconcevable ».
Ces mots tirés du roman The things they carried (A propos de courage) de Tim O’Brien, vétéran de la guerre du Vietnam, ouvrent Diên Biên Phu, le surprenant manga de Daisuke Nishijima. Et c’est dans cet esprit que l’auteur développe une histoire en apparence irréelle mais qui frappe par la crudité du propos.

En effet, le ton décalé, les situations absurdes ou surréalistes tranchent terriblement avec le sérieux du sujet, tout en faisant plonger directement dans l’abomination cauchemardesque du conflit vietnamien. Si le héros paraît anesthésié en déambulant sous les bombes et les tirs, dans des mares de sang où s’amoncellent les cadavres puants, le lecteur, lui, ne manque pas d’être remué par ces scènes propres à soulever le cœur des plus aguerris. Par ailleurs, de nombreux aspects sont mis en avant par l’auteur de façon presque ordinaire. A commencer par le rôle de la presse qui, comme le découvre Minami, est complètement chapeautée par une direction militaire qui ne lui laisse prendre qu’un certain type de clichés. De même, chacune des rencontres du jeune photographe à l’apparence innocente est l’occasion de montrer et de dénoncer le sadisme des troupes américaines, les viols, les tortures et autres exactions. Le mangaka le fait sans fioriture et chaque fois la mort frappe sans crier gare, nous laissant déstabilisé et pantelant.

Le décalage inhérent à l’histoire se retrouve dans le graphisme de Nishijima. Son trait rond, simple et enfantin déroute de prime abord et heurte tant il paraît éloigné du sérieux du sujet. Cette impression d’être à la limite de l’absurde et de l’incroyable est particulièrement visible dans certaines scènes de combat. Les têtes volent arrachées d’un coup de sabre à leurs troncs ; les figures acrobatiques façon ninja se multiplient et peuvent avoir quelque chose de comique en plus d’être inattendues. Cependant, loin de nuire à la crédibilité du contenu, ce choix graphique et cet aspect irréalistes ne font que renforcer l’authenticité de l’horreur, de la cruauté et de la folie de l’enfer qui nous est décrit. On se sent pris à la gorge par ce traitement si cru dissimulé sous une fausse naïveté.

Avec Diên Biên Phu, Daisuke Nishijima trace avec talent une page d’histoire en choisissant un angle novateur où l’absurde dévoile sans fioritures la crudité de l’abomination d’une guerre, véritable personnage principal d’un album déstabilisant. A lire absolument.

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