Deux ans et des poussières

Un article intéressant sur le net.
Quand Julie est en avance partout…. Ce domaine là aussi…

Parmi les joyeusetés de la maternité dont tout le monde se garde bien de te parler avant que tu passes à l’acte, il y a ce qu’on appelle pudiquement “le passage difficile des deux ans”.

En même temps, c’est un peu comme l’épisiotomie, les montées de lait, les vergétures ou la perte du bouchon muqueux. Si tu savais vraiment à quel point c’est moche, jamais tu ne te lancerais dans l’aventure.

Sauf qu’à tout casser, la bouée sur laquelle tu t’assieds parce que tu as l’intimité en chantier, ça dure deux semaines.

Le passage des deux ans, c’est l’inverse du contrat précaire. Si tu n’as pas de bol ça peut facilement s’étendre jusqu’à l’adolescence. Qui elle même est relayée par la post-adolescence. Qui dure, c’est bien connu avec les nouvelles générations, jusqu’à ce que mort s’en suive.

Mais revenons à ce qui nous intéresse. En tous cas moi.

Que se passe-t-il à deux ans et des poussières ?

Je vais essayer de prendre des pincettes des fois qu’il y aurait des femmes enceintes dans mon lectorat. Je ne voudrais pas déstabiliser les plus fragiles.

 A deux ans, pour dire les choses sobrement, ton enfant se transforme… en nazi.

Au début, ça se manifeste par des non à tout – même à ce qui deux jours avant remportait toute son adhésion, genre le bain – qui te font sourire. Tu as même la faiblesse d’en être fière et de parader devant tes copines sur le mode “Helmut a un caractère bien trempé” (= elle ira loin, au moins ce n’est pas une lavette). Et puis le non commence à être accompagné de quelques tapages de pieds, voire de moulinets de bras un poil gênants quand pupuce est en haut d’un toboggan interdit aux moins de 6 ans.

Tu commences à entrevoir que tu n’entres peut-être pas dans la période la plus sympa de ta vie. Mais tu es encore empreinte de tout cet amour qui déborde de toi pour ce petit être qui hier encore tétouillait ton mamelon avec tendresse.

Et puis arrive la première CRISE.

De préférence dans un lieu public. L’enfant de deux ans sait que c’est là que tu es la plus vulnérable. Je veux dire, subir les hurlements d’un cochon qu’on égorge chez soi, ça n’a rien de plaisant.

Mais au beau milieu de la queue des recommandés de l’agence postale de ton quartier, c’est la version 3D. Dans un bus bondé rempli de retraités qui en connaissent un rayon sur l’éducation, c’est encore mieux. Le pire étant le supermarché, sorte d’accélérateur à particules pour l’enfant de deux ans qui trouve dans chaque allée une raison d’exprimer son moi profond. A côté duquel celui de Joey Star est plus inoffensif qu’un bébé phoque.

Dans ces instants de rare solitude, même gavée de tranxène et sous l’influence d’un kilo de canabis, les plus ferventes opposantes à la fessée sentent leurs doigts fourmiller. Voire visualisent très nettement un lancer de chiard contre le mur le plus proche. Parfois, imaginer le bruit sourd de la collision procure même un plaisir coupable.

Et ça, c’est AVANT que l’enfant en plein tournant délicat des deux ans n’embraye sur la phase 2 de la crise.

La mue en une sorte de lamantin de douze tonnes.

Un phénomène très étrange que celui-ci. Ce bambin qui pèse en général 12 kilos grand maximum et qui au vu de sa célérité à se barrer d’un square dès que tu as le dos tourné ne manque pas de tonicité, semble subitement composé à 100% de gelée laxative. Tu le prends par les bras, ceux-ci te glissent des doigts comme des spaghettis trop cuits et tu te retrouves à le tenir par le cou ce qui n’est pas super recommandé si tu n’as pas dix ans d’ostéopathie derrière toi. Et encore. Tu tentes par la taille: le haut du corps part en arrière, te faisant redouter une fracture de la colonne, ce qui sur le moment résoudrait ton problème mais ne serait pas sans conséquence sur ta vie à venir. Reste le portage façon sac de farine sur l’épaule. Relativement efficace mais non sans risque. L’enfant de deux ans n’a en effet pas perdu son réflexe vomitif. Et retrouve instantanément son tonus musculaire pour te cogner avec application les omoplates avec ses kickers en titane.

Dans tous les livres de conseils psy à deux balles, on t’explique que le mieux dans ces cas là, c’est de respirer calmement par le ventre et de prendre un peu de distance, le temps que le nazillon se calme (ils ne disent pas nazillons évidemment mais désolée, personnellement le gremlin qui gesticule au rayon fromages parce qu’elle veut absolument manger là tout de suite de la mozarella (pratique) n’a plus rien d’un enfant).

A priori, les auteurs de ces torchons ne prennent pas en compte la crise au milieu du passage clouté alors que l’enfoiré de petit bonhomme vert clignote névrotiquement (prise de distance pour le moins délicate). Ni le fait que neuf fois sur dix, ton gamin n’en a rien à foutre que tu fasses semblant de t’en aller. Helmut trouve en général la force, en pleine apoplexie, d’arrêter deux secondes ses cris pour me dire au revoir quand je fais mine de m’en aller: “Très bien, rose, maman s’en va, si tu veux rester ici à te donner en spectacle au beau milieu du magasin, c’est TON problème. Tu as vu ? Là, je PARS. Tu vas rester TOUTE SEULE. Avec le vilain monsieur du supermarché qui va être très en colère (clin d’oeil complice au chef de rayon aussi agressif qu’un lapin nain). Au revouaaaaaar…”

“Avoir maman… Ouahiiiiiiiiiiiiiiinnnnnnnnnnnnnnnnnn”.

Ce n’est jamais SON problème.

Sachant que RIEN de ce que tu ne feras ne t’estampillera bonne mère. La fessée ? Très mal vu, très guantanamo, très vilain. ça te vaut immédiatement des regards consternés et lourds de reproches de personnes en ayant sûrement donné à tour de bras mais qui sont trop heureuses de se venger à l’instant présent de ceux qui en leur temps les ont qualifiées silencieusement de tortionnaires. Cercle vicieux, je crains qu’on ne puisse jamais cogner nos gamins en toute impunité. Moi même je ne résiste pas à la tentation de juger hâtivement une mère un poil nerveuse quand Rose est dans un bon jour.

Céder au caprice ? Parfois, ça peut retarder le problème, surtout si l’objet du courroux est le refus d’entamer le paquet de granola à 18h45 avant le pasage en caisse (mais il faut savoir que c’est à court terme, une crise non aboutie signifie une autre crise plus violente dans la journée. C’est prouvé.) Céder est par ailleurs plus compliqué si pupuce a tout bonnement décidé qu’elle ne voulait plus porter ses chaussures par moins 15 et sous la flotte. Carrément inenvisageable si mademoiselle refuse de monter dans sa poussette alors que tu dois emmener sa soeur ainée au solfège à une heure de métro de là et que tu es de toutes façons déjà en retard avant même d’être partie.

Hurler ? ça soulage et à tout prendre, j’ai la faiblesse de penser qu’une agression verbale laisse moins de traces qu’une torgnole. En tous cas c’est toujours ça que l’aide sociale à l’enfance ne pourra pas détecter. Totalement sans effet cependant. Si ce n’est de passer pour une alcoolique.

Détourner l’attention en proposant tétine, doudou, gâteaux, calins, deux heures de tchoupi à la télé ? Peut fonctionner en cas de crise mineure. Mais si la machine est lancée, l’enfant n’entend plus et n’a plus aucun sens commun. Si tant est qu’il en ait eu un jour.

Parler calmement, ouvrir ses chacras et lui montrer que tu l’aimes toujours malgré toute l’energie qu’il/elle déploie à se faire haïr ? Nécessite une force intérieure que seules les meilleures d’entre nous possèdent. Et hélas ne marche quasiment jamais non plus.

On m’aura compris, la crise d’un enfant de deux ans, c’est un peu comme le programme “spécial blanc” de ta machine à laver. Une fois enclenché, tu dois attendre les deux heures réglementaires et que l’essorage soit totalement terminé pour ouvrir le hublot.

Là, tu attends que ton rejeton, certes bionique, ne trouve plus assez de jus pour continuer à t’essorer toi.

A ce moment là, en quelques dixièmes de secondes, tu te retrouves avec dans les bras une poupée de chiffon collante et parfois puante (le vomi ou la merde de chien dans laquelle elle avait élu domicile lors de la phase “étoile de mer” de la crise) qui se recroqueville contre toi en marmonnant un truc qui ressemble vaguement à “pardon”.

A moins que ce ne soit: “t’es trop con”.

Ce qui serait d’une grande clairvoyance en l’occurence. On n’a pas idée de pardonner aussi vite, aussi.

Il faut croire que la survie de l’espèce humaine tient à deux choses. L’amnésie des femmes quant aux douleurs de l’enfantement et l’absence totale de rancoeur que les mères éprouvent vis à vis de la cause même de ces douleurs. Et ce, quelque soit les sévices qu’elles endurent.

Et encore, s’il n’y avait que le fait de pardonner. Une fois sur deux tu t’abaisses carrément à t’excuser pour toutes ces choses affreuses que tu as dites (“maman va te laisser là tout seul au milieu de la route et n’en a rien à foutre”) ou pensées (“Non seulement j’en ai rien a foutre mais j’attends avec impatience le 38 tonnes qui va te passer dessus”) pendant la crise. Voire faites (un léger serrage de bras qui laisse hélas deux bleus de chaque côté qui pendant une semaine te plongent dans des affres atroces sur le mode “je suis la femme de Michel Fourniret”). Ce qui, évidemment, ne fait qu’alimenter le sentiment de toute puissance de chouchou. Et prépare donc le terrain pour la prochaine salve…

Non mais à part ça, c’est cool.

 

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