Mardi 23 septembre 2008
Nous autres est un roman de science-fiction, écrit en 1920 par Eugène Zamiatine (URSS).

Nous autresRésumé : “… On nous attacha sur des tables pour nous faire subir la Grande Opération. Le lendemain, je me rendis chez le Bienfaiteur et lui racontai tout ce que je savais sur les ennemis du bonheur. Je ne comprends pas pourquoi cela m’avait paru si difficile auparavant. Ce ne peut être qu’à cause de ma maladie, à cause de mon âme.”
Ainsi parle D-503, un homme des siècles futurs. Il vit dans une société qui impose fermement l’Harmonie sous la direction du Guide. Or D-503 qui participe activement à l’expansion de cette organisation à l’échelle interplanétaire en arrive à l’autocritique, à la dénonciation, au rééquilibrage psychique.
C’est en 1920 que le Soviétique Eugène Zamiatine a conçu cette politique-fiction. Il y aborde, pour la première fois, les mécanismes de l’Utopie au niveau existentiel. Jusque-là, tous les organisateurs de sociétés futures, sous la bannière de Platon et de saint Thomas More, se contentaient d’une description monomaniaque de leurs structures. Zamiatine introduit l’homme vivant dans ces souricières. La porte poussée, Aldous Huxley et George Orwell vont s’engouffrer dans le corridor.
Quel extraordinaire prophète que ce Zamiatine, écrivain, mathématicien et ingénieur. Il y a soixante ans, la dissidence n’était pas encore une maladie mentale traitée à l’halopéridol. Le règne du père génial de tous les peuples, Staline, et de ses épigones n’avaient pas commencé. Et les pieux des camps de rééducation n’étaient pas encore systématiquement plantés. Pourtant, le ver était dans le fruit, et même à cette époque pas encore totalement occultée, l’ouvrage ne fut pas publié.
L’oracle Zamiatine scrutant les brumes de l’Histoire de demain pousse un hurlement solitaire. Lui-même, en nos temps de surdité, condamné au silence et à l’exil, étouffé par l’angoisse, mourra à Paris, en 1937, à l’âge de 53 ans. (Source : Gallimard)



Ce livre tient à la fois de la SF, du roman d’amour et de l’ouvrage politique.

Zamiatine décrit la quête de l’humanité au sein d’un régime totalitaire. Son “héros” est envahi par l’incompréhension, car il refuse son côté humain bien trop éloigné de la perfection mathématique prononcée par le régime. Il nous relate dans son journal son chemin progressif vers la folie (ou l’amour ?).

L’État Unique décrit dans le roman est un état totalitaire, qui prétend régir toutes les activités humaines et faire le bonheur des hommes au détriment de leurs libertés individuelles.

Zamiatine utilise fréquemment un langage inspiré des sciences, avec des métaphores parfois un peu sèches, voire burlesques. Reflet de sa formation scientifique ou choix délibéré pour mieux mettre en lumière l’assèchante dictature de la raison ?

Zamiatine a brillament anticipé toute la littérature “totalitaire” destinée à dénoncer les abominations de tel régime. Il montre à quoi conduit un régime totalitaire, avec un “Bienfaiteur”, une police de pensée et des citoyens égalisés par la déshumanisation.

Un livre torturé, brisant, qui vous coupera le souffle, vous révoltera, vous emplira d’une joie trop vive pour mieux vous poignarder.

Note : 5/5 {#Coeur}