Jeudi 7 janvier 2010
Le tour d’écrou est un roman d’Henry James, paru pour la première fois en 1898. Cette œuvre courte est considérée comme un patron particulièrement réussi de la littérature fantastique en instaurant une tension “du réel”, où le lecteur ne cesse d’osciller entre une interprétation rationnelle ou une interprétation surnaturelle des faits. Ce roman fut largement salué lors de sa parution, autant par la critique que par des auteurs reconnus ; Oscar Wilde et Jorge Luis Borges entre autres.

Le tour d'écrouTitre original : The turn of the screw

Quatrième de couverture : Existe-t-il plus grand plaisir que d’écouter des récits macabres, la veille de Noël, dans une vieille maison isolée ? Qu’il est diabolique le frisson qui glace alors les sangs… Qu’il est divin le cri des femmes épouvantées… Ce ne sont pourtant que des histoires… Tandis que celle-ci… Elle a été vécue… Par des enfants encore, deux petits orphelins, si admirablement gracieux, si serviables et si doux… Et leur gouvernante, une jeune fille des plus honnêtes. Ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont enduré et les circonstances extraordinaires des événements qui les ont… Mais non ! c’est trop horrible… Ça dépasse tout… en pure terreur ! Car le pire, c’est de savoir que, justement, on ne saura jamais tout… (Source : Librio)



Cette nouvelle est considéré comme un des chefs d’oeuvre de la nouvelle fantastique, tout comme Le Horlade Maupassant.

Comme dans cette nouvelle, une fine analyse psychologique donne toute son ampleur au texte; tout est vécu de l’intérieur, dans l’esprit de la jeune gouvernante, sans que l’auteur ne fasse part de son jugement. Hallucinations ? Une histoire de fantômes ? Ceux de deux êtres dépravés revenant envoûter deux enfants ? Présence réelle ? Une histoire de fantasmes ? Ceux d’une jeune femme que l’obsession du mal mène à la névrose hallucinatoire ? Le lecteur ne peut à aucun moment savoir… La jeune femme passe de la psychose à la lutte contre les présences.

Henry James excelle autant dans la description des états d’âme de la gouvernante que dans la description des deux enfants, mi-anges, mi-démons. Il ressort de l’écriture une tension extrême.

A aucun moment Henry James ne suggère une explication et laisse délibérément le lecteur décider par lui-même. Et cette impression de libre arbitre ne fait qu’accroître l’angoisse dans laquelle nous plonge ce merveilleux manipulateur. L’auteur, avec une virtuosité diabolique, ne choisit pas entre ces interprétations, préférant donner, jusqu’à la dernière ligne de son récit, un tour d’écrou de plus à l’angoisse de son lecteur.

Ce roman prouve, avec un talent incontestable, qu’on peut écrire une histoire terrifiante, poisseuse, sans le moindre apport de flots d’hémoglobine dont les romanciers (et leurs lecteurs) sont souvent si friands, et s’inscrit dans la lignée des films de Hitchcock (pour l’ingéniosité) et les films japonais tels Dark Water (pour la terreur sans nom qu’ils sucitent alors qu’il ne s’y passe quasiment rien).
Entre cauchemar ou schyzophrénie, folie et fantôme, l’enfer est le même.