Un linceul n’a pas de poches (Horace McCOY)

Jeudi 17 janvier 2008
Horace McCoy a toujours considéré Un Linceul n'a pas de poches comme son roman le plus autobiographique : il s'inspirait de son expérience de journaliste au Dallasite dans les années 20. Il dresse, au travers du reporter Mike Dolan, un violent réquisitoire contre la corruption, les mouvements fascistes, le racisme, l'hypocrisie, avec un tel réalisme que l'angoisse se communique au lecteur à la fin du livre. La dénonciation systématique du rêve américain par Horace McCoy fait de lui un auteur maudit, rejeté par l'Amérique.

Un linceul n'a pas de pochesTitre original : No pockets in a shroud

Résumé : Ce livre de McCoy est le réquisitoire le plus violent – le plus dépourvu d'espoir aussi – qui puisse être dressé contre ce qu'on appelle « l'ordre établi ». Un réquisitoire, d'ailleurs, qui dépasse de beaucoup l'époque de la civilisation qu'il vise – notre époque, notre civilisation – pour atteindre ce qu'il y a de plus ancien, et peut-être d'éternel, dans la condition de l'homme : la perpétuelle soumission de la vérité au mensonge, par la lâcheté et l'hypocrisie des individus.

Né en 1897 à Nashville dans le Tennessee, Horace McCoy eut une enfance et une adolscence très dures. Il a commencé à travailler dès l'âge de douze ans comme vendeur de journaux. Il s'est engagé pendant la guerre de 1914 dans l'aviation américaine en France et a été blessé. Chauffeur de taxi et représentant de commerce après la guerre, il a parcouru tout le continent américain. Il a écrit des scénarios de films et des articles de journaux, des romans policiers et d'aventures et a été un des fondateurs du célèbre théâtre de Dallas. Dans Un linceul n'a pas de poches, le plus autobiographique de ses romans, il dresse un violent réquisitoire contre la corruption, les mouvements fascistes, le racisme et l'hypocrisie. Horace McCoy est mort en 1955. (Source : Folio)



Le héros, Mike Dolan, est un journaliste intègre qui décide de se mettre à son compte pour ne plus voir ses articles jetés au panier. Flanqué d'une petite équipe et d'un budget réduit, il part en croisade contre tout le système établi et décide de publier tout ce qui ne l'est pas aux yeux des autres journaux, qui préfèrent les passer sous silence ; s'en prenant aux gros bonnets de sa ville dont il dénonce le snobisme, la corruption, les côtés extrémistes et antisémites, etc.

Ce livre est le réquisitoire le plus acerbe et le plus efficace jamais porté contre les courbures d'échine d'une presse particulièrement soumise pendant la prohibition. Il s'agit de ne pas se laisser faire par le pouvoir établi de certains individus fameux pour leurs outrages à la loi.

L'acharnement de Mike Dolan peut étonner par le désir avoué qu'il a de faire partie de ce gratin qu'il n'hésite pourtant jamais à brocarder dans ses articles, ce qui nous vaut aussi de nombreuses scènes très drôles. Car McCoy sait aussi ménager sa charge et nous offrir de vrais moments de détente entre deux tirades incendiaires. Le résultat n'en est que plus corrosif et toujours, malheureusement, d'actualité.

Cette critique de la société est d'une force et d'une virulence inouïe. Ce roman, longtemps censuré aux Etats-Unis, concentre toute l'amertume et la nostalgie de l'auteur. La condamnation du livre montre exactement où le bât blesse. Brillante réflexion sur l'ordre établi, l'extrémisme et la corruption, ce livre dénonce et dérange.

Cette pièce de littérature criminelle, abondamment dialoguée, rédigée un peu à la manière d'un scénario réveille les consciences et ne vous lâche plus. Une vrai claque !

Note : 5/5