Mardi 4 mars 2008
Fictions est un recueil de récits brefs (ou "fictions") de Jorge Luis Borges publié en 1944 et repris sous forme augmentée en 1956. Ce recueil est divisé en deux parties : Le Jardin aux sentiers qui bifurquent et Artifices.

FictionsTitre original (en espagnol) : Ficciones

Résumé : Des nombreux problèmes qui exercèrent la téméraire perspicacité de Lönnrot, aucun ne fut aussi étrange – aussi rigoureusement étrange, dirons-nous – que la série périodique de meurtres qui culminèrent dans la propriété de Triste-Le-Roy, parmi l'interminable odeur des eucalyptus. Il est vrai qu'Eric Lönnrot ne réussit pas à empêcher le dernier crime, mais il est indiscutable qu'il l'avait prévu…

"Jorge Luis Borges est l'un des dix, peut-être des cinq, auteurs modernes qu'il est essentiel d'avoir lus. Après l'avoir approché, nous ne sommes plus les mêmes. Notre vision des êtres et des choses a changé. Nous sommes plus intelligents. Sans doute même avons-nous plus de coeur." (Claude Mauriac)

Biographie
Né le 24 août 1899 à Buenos Aires, Jorge Luis Borges achève ses études secondaires en Suisse. Après la chute de Peron en 1955, il est nommé directeur de la Bibliothèque nationale. Conteur, poète, essayiste, il est reconnu comme le maître incontesté des lettres argentines. Ses recueils de nouvelles passent pour des classiques de la littérature contemporaine. Il est mort à Genève le 14 juin 1986. (Source : Folio)



Ce recueil se compose de contes fantastiques, d'essais critiques à propos d'écrivains imaginaires. L'auteur mêle ainsi érudition et humour pour examiner l'œuvre de Herbert Quain, écrivain dont la démarche rappelle celle d'Edgar Poe et de Paul Valéry. Borges s'interroge également sur la place et sur la réception d'une œuvre classique dans "Pierre Ménard auteur du Quichotte". D'autres contes projettent le lecteur en des temps et lieux que l'écrivain cerne en quelques formules, comme "La Bibliothèque de Babel" ou "La Loterie à Babylone". Mais on trouve aussi dans Fictions des thèmes seulement ébauchés, comme celui du "Traître et [du] Héros", qui peuvent être sujets à des variations sans fin.

Ouvrir des perspectives sur l'infini semble, en effet, l'une des visées de l'œuvre à la fois dense et elliptique de Borges. L'écrivain argentin multiplie miroirs, labyrinthes et jeux combinatoires pour donner une idée de la profondeur de l'Univers et de sa diversité. À la manière d'Escher, dessinateur et architecte, il crée des univers sans limites autres que celles du lecteur. Liant réflexion et création en un mouvement perpétuel, l'œuvre de Borges est ouverte. Des dessinateurs, comme Schuiten ou Moebius, et des cinéastes, dont Bertolucci, en ont fait leur matière.

Jeux de l'esprit et exercices de style fort ingénieux. Pourtant, le pluriel signale d'emblée qu'il s'agit d'une réflexion sur la richesse foisonnante de l'imagination. Au nombre de dix-huit, ces contes fantastiques révèlent, chacun à sa manière, une ambition totalisante qui s'exprime à travers de nombreux personnages au projet démiurgique ou encore à travers La Bibliothèque de Babel, qui prétend contenir l'ensemble des livres, existants ou non.

La multitude d'univers parallèles et d'effets de miroir engendrent un "délire circulaire" vertigineux, une interrogation sur la relativité du temps et de l'espace. Dans quelle dimension sommes-nous ? Qui est ce "je" qui raconte l'invasion de la cité dans La Loterie de Babylone ? En mettant en vis-à-vis le Quichotte de Ménard et celui de Cervantès, lit-on la même chose ou bien la décision de redire suffit-elle à rendre la redite impossible ?

Des métaphores décapantes sur la conscience, le monde, l'homme. Mais certaines histoires peuvent paraître un peu hermétique ou se référant trop à de l'érudition. Bien que mince, cet ouvrage n'en est pas moins une montagne aux pentes escarpées. La lecture se révèle d'un certain niveau et devient parfois assez ardu, le vocabulaire est choisi avec un soin particulier.