Les Diaboliques (Jules Amédée BARBEY D’AUREVILLY)

Lundi 7 avril 2008
Les Diaboliques est un recueil de six nouvelles de Jules Barbey d'Aurevilly : "Le rideau cramoisi", "Le plus bel amour de Don Juan", "Le bonheur dans le crime", "Le dessous de cartes d'une partie de whist", "A un dîner d'athées", "La vengeance d'une femme".

Les DiaboliquesQuatrième de couverture : "Le redoutable moraliste des Diaboliques n'a voulu que cela, un trou d'aiguille, assuré que l'enfer est plus effrayant à voir ainsi que par de vastes embrasures."



Publiées en novembre 1874, les exemplaires furent immédiatement saisis et l'auteur poursuivi pour "outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs, et complicité".

Etudes de moeurs, fables amorales ou simples provocations ? Barbey, dandy post-romantique à la plume acérée, déclare dans sa première préface à l'ouvrage n'avoir rien inventé… "Les histoires sont vraies", écrit-il. Le corps social aura donc – si l'on en croit l'auteur – mal supporté d'être mis en face de son propre bourbier. Il s'agit là de trahisons, de luxure, de machiavélisme mais également de crimes de sang. Plus généralement, Barbey explore dans ses récits le pendant morbide et la capacité destructrice des passions humaines, tout autant que la plénitude apportée aux criminels par certains de leurs forfaits. Les personnages immoraux, mûs par la vengeance ou par un matérialisme fervent sont décrits avec flamme. Dans ces récits, le mal rôde, le diable est partout…

Les amants coupables de la nouvelle intitulée "Le Bonheur dans le crime" sont à ce titre scandaleux aux yeux de la bienséance : qu'il ait fallu, pour vivre leur amour, éliminer physiquement l'épouse indésirable, ne les empêche en rien d'accéder à un bonheur quasi surnaturel. L'âme humaine est ici traitée sans condescendance et les six "autopsies" que livre Barbey sont servies par une écriture flamboyante ainsi que par un sens aiguisé du mystère. Le style est ampoulé mais reste très agréable. La narration ménage un suspense haletant et ces histoires sont profondément originales.

Si Barbey d'Aurevilly se targue d'être un moraliste en présentant à ses lecteurs toutes les facettes du "mal" pour les en dégoûter (ce qu'il affirme dans la préface), on pourrait cependant lui reprocher le fait qu'aucun jugement moral ne sanctionnant ces nouvelles à l'exemplarité douteuse, une évidente fascination pour ses héros se dégage du livre…

Ces nouvelles sulfureuses forment un tableau sans concession de la vie de la noblesse de province dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Note : 4/5