Samedi 18 juillet 2009
C’est un véritable scandale que suscita la parution en 1956 de La confession impudique (Kagi, littéralement “La clef“), œuvre du romancier japonais Tanizaki Junichiro (1886-1965). L’auteur est alors âgé de soixante-dix ans : c’est un maître dans le monde des lettres, unanimement admiré et respecté. Lorsque paraissent en revue les premières livraisons de La Confession impudique, ni les lecteurs ni les critiques ne sont donc préparés à lire, sous la plume de ce vénérable auteur, l’un des textes les plus audacieux et les plus transgressifs de la littérature japonaise contemporaine.

La clefRésumé : Un respectable professeur d’université, à l’âge du démon de midi, ne parvient plus à satisfaire sa jeune femme dotée d’un tempérament excessif. Après avoir essayé divers excitants, il s’aperçoit que la jalousie est un incomparable stimulant.
Chacun des deux époux tient un journal, sachant très bien que l’autre le lit en cachette…
Un roman audacieux sur un sujet délicat.

“Tanizaki est illustre quand il publie, en 1956, La confession impudique. Le scandale est énorme, comparable aux indignations que soulevèrent L’amant de Lady Chatterley ou Histoire d’O. Un professeur est marié à une femme dont les besoins charnels sont infinis. Il est inégal à sa tâche ; il en souffre. Par hasard, il découvre le sésame qui réveillera ses énergies. C’est la jalousie. Il pousse un collègue dans les bras de son épouse. Les nuits, de nouveau, sont belles, mais la fête des corps est celle de la mort. Épuisé, le vieux mari succombe. Un chef-d’œuvre de l’érotisme, et pas une vulgarité.” Gilles Lapouge

(Source : France Loisirs)



Un couple de la bourgeoisie japonaise tente de ranimer la flamme en excitant et stimulant le jeu délicat de la jalousie. Deux personnages torturés par leurs désirs mais retenus par les traditions asiatiques de vertue et de pudeur. L’obsession du mari à satisfaire sa femme plus jeune que lui. Les deux personnages communiquent à travers leurs journaux intimes, faisant en sorte que l’autre le lise, sans se l’avouer. La situation est sensuelle mais tendue. Des passages émouvants comme celui où le mari découvre, pour la première fois, la beauté du corps nu de sa femme, l’admire, le photographie.

Un jeu troublant qui tourne mal dès lors que l’ingrédient “jalousie” est rajouté comme un stimulant : le mari pousse sa femme dans les bras du fiancé de sa fille… quatre personnages qui se manipulent, se blessent, se mentent…

Culture du secret, de la pudeur et de l’art de la détourner sans contrevenir ouvertement à son éducation dans un récit habile où se croisent les journaux intimes d’un cinquantenaire en manque de relations sexuelles et de son épouse pudique mais très sensuelle. La fille du couple et son amant deviendront les partenaires indispensables d’une partie serrée ou les faux-semblants et les mensonges par omission sont légions. Le tout étant ne pas dire ce que l’on pense réellement tout en cherchant à faire croire ce qu’on ne dit pas (tout en se faisant croire, sachant très bien le contraire, que l’autre ne lit pas son propre journal).

Les non-dits et les tabous sont nombreux dans le couple, ce qui finit par les submerger. Ils ne savent plus communiquer et ne se comprennent pas. Au travers de leurs journaux intimes respectifs, ils entament une sorte de dialogue indirect car tous deux espèrent se faire entendre, tous deux espèrent être lus. Ainsi chacun tente l’autre en laissant traîner la clef du tiroir secret, écrit ce que jamais il ne dirait à haute voix afin de provoquer une réaction, fait semblant de ne pas savoir qu’il est peut-être lu. L’oeuvre tourne autour de cela, ce “troisième” protagoniste, inerte quant à lui, véritable personnification de la communication du couple, intégrant le mystère, le désir, comme le ferait un véritable être humain, ce journal est la “clef” de leur vie conjugale, la clef de leur âme.

La confession impudique est une histoire de désirs inassouvis, de petits jeux pervers (notamment si l’on considère le rôle joué par la fille : elle sert d’intermédiaire entre la mère et son amant), racontée dans une écriture épurée, parfaitement maîtrisée qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la fin…

Tanizaki mène ainsi une réflexion sur la perversité de l’homme de façon très naturelle. Il y pose une question existentielle : comment peut-on définir la notion de normalité ?

Note : 3,5/5