Sonnet XVIII : Baise m'encor, rebaise-moi et baise (Louise LABÉ)

Sonnet XVIII : Baise m’encor, rebaise-moi et baise (Louise LABÉ)

Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m’en un de tes plus savoureux,
Donne m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.

Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m’Amour penser quelque folie :

Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement
Si hors de moi ne fais quelque saillie.

Louise LABÉ

Louise LABÉ

Louise LABÉ (1524-1566)


Hôn em đi, hôn em nhiều hơn thế ;
Nụ hôn êm, thắm thiết ngọt thơm lành,
Nụ hôn tình, say đắm nhất nghe anh:
Nóng hơn than bốn lần, em sẽ trả.

Chìu anh nhé, nhiều hơn em chẳng ngại
Mười lần hôn êm ái rất dịu dàng
Quyện nhau hôn âu yếm giấc mơ vàng
Niềm vui sướng trao nhau đầy ước mộng

Rồi sau đó cùng nhân đôi cuộc sống
Sống cho nhau, và cho chính thân mình
Lúc rồ điên em nghĩ cũng vì Tình :

Luôn sống thế, em cô đơn lặng lẽ
Muốn đời vui, lúc mà em có thể
Khi nào làm khờ dại, chút ngu ngơ.

Louise LABÉ (1524-1566)
Sonnet XIV

Tant que mes yeux...

Tant que mes yeux pourront larmes espandre,
A l’heur passé avec toy regretter :
Et qu’aus sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre :

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignart Lut, pour tes graces chanter :
Tant que l’esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toy comprendre :
Je ne souhaitte encore point mourir.
Mais quand mes yeus je sentiray tarir,
Ma voix cassee, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel sejour
Ne pouvant plus montrer signe d’amante :
Prirey la Mort noircir mon plus cler jour.


Tant que mes yeux pourront répandre des larmes,
en regrettant notre bonheur passé :
et que ma voix pourra résister aux larmes
et aux sanglots, et un peu se faire entendre :

Tant que ma main pourra tendre les cordes
du luth mignon, pour chanter tes grâces :
tant que mon esprit voudra se contenter
de ne rien vouloir sauf te contenir :

je ne souhaite pas encore mourir.
mais quand je sentirai que mes yeux tarissent,
que ma voix se casse, et que ma main est impuissante,

et que mon esprit en ce mortel séjour
ne peut plus montrer qu’il aime :
Je prierai la Mort de noircir mon jour le plus clair.


Luth : Instrument de musique à cordes pincées, issu de l’instrument arabe nommé « oud », lequel avait été introduit en Espagne à la fin du Moyen-Age. A la fin du XVe siècle il est devenu un instrument d’usage courant et pendant les 2 siècles qui suivent, il donne lieu à un abondante littérature musicale. Louise Labé en jouait.