Jeudi 22 février 2007
Avec L'île des morts, Roger Zelazny a obtenu le prix Apollo en 1972. Ce prix, créé par Jacques Sadoul, récompensait chaque année un roman de Science-fiction publié en France, quelque soit la nationalité de son auteur. Le dernier prix a été décerné en 1990.

L'île des mortsRésumé : XXXIIe siècle. Francis Sandow est le doyen de l'humanité, le seul homme en vie à avoir connu le XXe siècle. Il est aussi l'une des cent plus grosses fortunes de la galaxie et l'un des vingt six Noms – l'avatar d'un dieu ancien, Shimbo de l'Arbre Noir.
Francis Sandow est un démiurge, un Faiseur de mondes.
Aujourd'hui, il vit sur Terre Libre, un des univers qu'il a créé. Mais sa retraite est troublée par un mystérieux inconnu, qui possède le pouvoir de ressusciter tous ceux que Sandow à connus au cours des siècles. Parmi lesquels Kathy, son premier et unique amour…
Rendez-vous est pris sur l'île des morts, ce lieu que Sandow a façonné jadis et qui échappe désormais à son contrôle… (Source : J'AI LU)
 



L'île des morts est un roman assez court mais pourtant terriblement efficace. Pas de temps perdu en vaines explications ou expectations, dès les premières pages, nous sommes plongés dans l'action et dans un univers atypique.

Ici, pas de longs préambules préparatoires nous contant la genèse de ces peuples ou de longues pages nous relatant les guerres et les avancées technologiques pour en arriver à cet état de fait. Non, ici, les choses sont comme acquises et le lecteur rentre de plain-pied dans ce contexte interstellaire.

La science-fiction est bien présente, de la rencontre extraterrestre aux manipulations génétiques pour fabriquer des vivants à partir des données des morts mais c'est une science-fiction à la portée de tous, dépaysante et très facilement abordable. L'auteur flirte aussi avec la "fantasy" avec ces dieux incarnés dont le pouvoir magique est incommensurable.

L'économie de moyen fait preuve d'une grande maîtrise d'écriture et on a l'étrange impression que chaque mot est compté dans ce roman, que rien n'est de trop, que le superflu est pourchassé dans les moindres recoins et à la moindre phrase. L'action est très présente avec des renversements très à propos et un rythme vraiment plaisant.

Pourtant, on aurait tout de même pu souhaiter un peu plus de psychologie par rapport à ce Francis Sandow en vie depuis plus de douze siècles… Celle-ci n'est pas absente, loin de là, mais on aimerait en apprendre davantage sur son passé, sur ses errances, ses doutes, ses peurs, qui ne sont qu'évoqués. A quoi peut-on passer son temps, lorsque jamais on ne vieillit, lorsque jamais on n'oublie ? L'accent est d'ailleurs mis sur sa passivité et la carapace qu'il s'est forgée tout au long de ces années, accumulant de l'argent tout en évitant le maximum de risques.

Et il en va de même pour cette fabrication des mondes, magnifique image parfois très poétiquement utilisée dans le livre : quelques paragraphes plus explicites sur cette activité infiniment évocatrice n'auraient pas été de refus…

Ecrit à la première personne, ce roman est, en quelque sorte, le journal d'un homme accusant les ans, le poids des regrets et des remords. Zelazny profite de ce personnage pour nous faire des réflexions sur le passé, sur les souvenirs d'un homme fatigué, qui a quasi tout vu, tout fait. Certains souvenirs enfouis et douloureux qui reviennent périodiquement à la surface sont pénibles, notamment ceux de la morts des proches, des intimes. Les amours parfois durent une éternité. Alors comment surmonter un amour perdu lorsque l'on a une éternité passée en vain à les oublier ? Comment étancher la soif de vie qui est la condition de chaque mortel ?

Avec comme thèmes de fond, l'immortalité, l'omnipotence, l'incarnation des mythes, cet étrange petit roman, à la fois sombre et fascinant est vraiment passionnant. Il aurait même pu se permettre une cinquantaine de pages supplémentaires.

   Note : 4/5