Jeudi 14 décembre 2006
Quand on est jeune est un recueil de quatorze nouvelles qui décrit le Viêtnam d’aujourd’hui. Phan Thi Vang Anh dresse le portrait d’une jeunesse livrée à ses incertitudes, en bute dans son désir d’affirmation à une incompréhension généralisée.

Quand on est jeuneQuatrième de couverture : A vingt-huit ans, Phan Thi Vang Anh incarne la littérature de la jeunesse au Viêtnam. Quand elle décrit les émois de l’amour naissant ou les interrogations de la jeunesse au seuil de la vie, ses héroïnes ont toutes les mêmes élans passionnés, tendus vers la connaissance des autres, de soi. Si on a pu comparer l’univers de ses nouvelles à une cour de récréation, c’est que certains jeux qui s’y livrent ont la candeur et la fraîcheur des jeux d’enfants. Mais le ton n’est pas toujours aussi serein. Ses personnages, proches de l’adolescence, débusquent sans complaisance les tricheries, les mensonges et les lâchetés des adultes. Ils témoignent d’une jeunesse qui aspire à la liberté et au changement mais qui reste encore prisonnière de ses craintes. Il y a chez les personnages de Phan Thi Vang Anh quelque chose de l’Antigone de Sophocle, un côté irréductible qui leur font préférer parfois la mort au compromis qu’impose la vie, comme dans Quand on est jeune, la nouvelle-titre du recueil.


À première lecture, le ton peut sembler naïf, voire enfantin. Les nouvelles sont marquées par une forme de légèreté, de simplicité. Mais pour le lecteur qui sait se montrer attentif, qui cherche à se placer à la hauteur des protagonistes, de leurs désirs, de leurs contradictions, le texte prend alors une tout autre ampleur.

Ces récits de l’adolescence deviennent récits de regards portés sur le monde, pleins d’inquiétudes, de révoltes sourdes, de souffrances. La légèreté cède alors la place à la mélancolie, ce qui n’était que simple histoire sentimentale adolescente devient l’expression d’une difficulté à vivre qui interroge, par le biais de l’individu et ses désirs, la société et ses normes.

La force de Phan Thi Vang Anh tient à ceci : partant de faits simples, elle parvient, par la description précise et simple des états psychologiques de ses personnages, à exprimer l’état d’esprit d’une jeunesse désireuse de reconnaissance, souhaitant s’émanciper des modèles du passé et du poids des traditions, sans pour autant parvenir encore à définir d’elle-même les contours de son avenir, livrée à elle-même, à sa propre incompréhension, à celle des adultes, adultes dont elle perçoit par ailleurs les manquements à la vertu qu’ils prônent. L’innocence devient alors révolte, toujours cachée, ne parvenant à s’exprimer que par des biais détournés, ne permettant pas de réelle émancipation, n’enfermant que dans les contradictions de désirs qui ne savent pas par quels moyens s’exprimer, parfois jusqu’au désespoir.

Phan Thi Vang Anh analyse avec finesse les émois et maux de l’amour, les relations de famille, les désillusions et douleurs de la vie adulte : “Je compris ce que justice veut dire. C’est quelque chose de désespérant et d’incompréhensible”.

À travers une série de personnages, le lecteur pénètre dans l’intimité des passions, des angoisses et des contradictions contemporaines de la société vietnamienne, tiraillée entre l’engouement du monde moderne et le respect d’une tradition ancestrale. La jeune auteure propose ainsi une réflexion sans concession sur la culture, la philosophie et les mythes d’une nation en pleine mutation.

À l’image d’un pays qui s’est redressé malgré ses profondes blessures et ses traumatismes, le héros vietnamien surmonte ses peines, accuse les coups sans mollir et regarde l’avenir en souriant.